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samedi
mai052012

mon dieu est bleu

Qu'est ce qui peut bien se passer dans la tête de Sébastien Tellier ? C'est une question que je me pose depuis 2004, quand j'ai entendu Politics pour la première fois. Et notamment quand j'ai ressenti un grand moment de solitude en faisant écouter l'album à des gens complètement atterrés par ce qu'ils entendaient. Ce type qui alternait sonorités jazzy délicates et mélasse 80's FM fleurant bon Jayce et les Conquérents de la Lumière ou l'Afrique de pacotille de Toto. Ces textes qui parlaient d'une tenniswoman est allemande qui pleurait la disparition du mur de Berlin (ben oui, ça servait aussi à s'entrainer au tennis), d'un travailleur aliéné qui finit dans un jeu vidéo, de zombies, ou du génocide indien à base de ketchup. De quoi se faire des amis...

C'est que Sébastien Tellier, après un premier album classe et aérien, L'Incroyable Vérité, a très vite brouillé les pistes, n'hésitant pas à compenser son sens mélodique inoui par une production d'un mauvais goût assumé, utilisé sans modération, pour faire briller au milieu un joyau comme La Ritournelle, sublime quasi-instrumental aux accords de piano exquis sur un tapis de batterie signé Tony Allen. Et ce qui déconcerte, c'est que l'énergumène est tout aussi sérieux et habité dans les deux cas.

À l'heure où j'ai lancé l'écoute de My God Is Blue, son 4e album, j'étais pourtant un peu perplexe. Non pas que son précédent album, Sexuality, m'avait déçu... C'était un bijou d'électronique sensuelle et classe, versant parfois ouvertement dans la pornographie mais jamais dans la vulgarité. "Pas de l'électro de beauf" disait-il à l'époque... Mais Sexuality était surtout un album de collaboration entre Tellier et Guy-Manuel de Homem Christo, et donc une sorte d'album de demi Daft Punk. Pas pour me déplaire, tant il rappelait les meilleurs côtés de Discovery. Mais à l'exception peut être des deux bijoux de l'album, L'Amour et la Violence et Manty, difficile parfois de retrouver la patte de Sébastien Tellier dans ce disque très bien fait, mais du coup un peu trop contenu après ce Politics de grand malade.

Fort heureusement, ces craintes sont immédiatement dissipées par Pépito Bleu, premier titre du disque, qui annonce la couleur : arrangements grandiloquants, chorale, texte complètement absurde, progression d'accords typique du monsieur, chant façon Gainsbourg période late 60's, ça envoie tout de suite du très lourd. Mais ce n'est qu'un début. Car la suite est tout simplement l'album le plus joyeusement grotesque qui m'ait été donné d'entendre depuis des années. Rien ne vous sera épargné : steel drums numériques façon Jarre des années 80 (The Colour Of Your Mind), instrumentaux à l'orgue d'église, toms électroniques qu'on imagine tapés sur des pads hexagonaux sur un plateau de télé de Michel Drucker, affreux solos de guitare harmonisés, textes sans queue ni tête (Against The Law, grand moment de n'importe quoi), mélangeant allègrement l'anglais et le français, Tellier s'autorise tout dans son délire secte bleue, et il a l'arme ultime pour s'en sortir à chaque fois : des mélodies absolument délicieuses qui rendent le truc complètement imparable.

On pourrait alors tenter de dézinguer l'affaire en déplorant la surenchère et la dérive visiblement irrémédiable vers le décalage permanent, qui a un peu perdu un type comme Katerine pour moi... Mais à chaque fois qu'on se dit "là c'est trop quand même !", Tellier te sors un Sedulous ou un Magical Hurricane dont les doux accords te renvoient des réminiscences de son Incroyable Vérité et on craque, parce que voilà. Tellier fait partie de ces artistes qui arrivent à jouer avec ces choses là avec classe. Normal pour un artiste qui cite le Christophe des années 70 parmi ses références. Des mots bleus, aux pépitos bleus, il y a finalement quelque chose...

jeudi
avr.262012

dance. then, die.

Moi je suis censé dire quoi sur Mensch à force ? Je ne vais quand même pas vous ressortir à chaque fois l'histoire de la fois où j'allais voir Coming Soon, du temps où il y avait encore les tremplins Dandelyon sur les berges du Rhone le soir de la fête de la musique, quand tu pouvais y aller, c'est à dire quand les #TCL ne faisaient pas grève...

Bon comme je suis bien parti pour vous la raconter à nouveau, on va raconter la version courte. J'étais allé découvrir le "phénomène" Coming Soon (ouais bon, je sais). Et puis en fait je suis rentré chez moi avant le début de leur concert. Parce que j'avais été tellement hypnotisé par Vale Poher, qui passait avant, que j'ai décidé qu'on ne pourrait pas faire mieux ce soir là.

On fastforwarde quelques années après, et je me retrouve avec l'album de Mensch dans les mains. Entre temps, Vale s'est électrifiée, Vale Poher est devenue un trio, et puis un beau jour le trio est devenu un duo suite à la défection de la batterie. Malgré tout le bien que je pense toujours de Tauten et des deux ou trois concerts de la formule électrique que j'ai pu voir, l'album de Mensch me conforte dans ma conviction que c'est la meilleure chose qui pouvait leur arriver.

Parce qu'il n'y a pas que la batterie qui a viré dans Mensch. Il y a aussi tout ce qui pourrait être de trop. La réussite de cet album, c'est qu'il n'y a absolument rien qui ne soit pas indispensable. Vale Poher et Carine De Vita semblent avoir pesé chaque son, et réduit chaque chanson à l'essentiel. En dehors de la boite à rythme, rien qui ne soit pas Carine ou Vale. D'ailleurs il n'y en a que 8, dont deux que l'on connaît déjà, Island et Mystery Train, et qui n'ont heureusement pas bougé depuis le EP. Et c'est très bien comme ça. Il n'en faudrait pas plus. C'est sombre comme il faut, nerveux comme il faut, mélodieux comme il faut.

Même la chanson la plus vertigineuse de l'album, Goliath, est un monument de rage parfaitement dosée, une montée en puissance qui ne dérape jamais, et juste placée au milieu de la séquence. Vale pousse sa voix et sa guitare juste ce qu'il faut. Puis, l'album redescend, jusqu'au final, Sublime, le genre de final qui pousse le vice jusqu'à s'éteindre sur une note presque chuchotée, après laquelle on se sent obligé d'imposer une minute de silence avant d'écouter autre chose.